La vie des dentellières

On les appelait dentellières, denteleuses, ou bien ouvrières en dentelles, ou paraît-il blondières pour celles qui étaient spécialisées dans la confection des blondes en soie. Leur métier n’était pas de tout repos. Pour fournir de 6 à 10 mètres de dentelle, il fallait des centaines d’heures de travail. Les mains de l’ouvrière qui avait, suivant la saison, pellé la neige, ou labouré le jardin, fait la lessive et le ménage devaient réapprendre la douceur et la légèreté pour manier les fuseaux avec délicatesse sans rompre les fils, certains fins comme des cheveux. Leurs conditions de vie étaient simples : elles mangeait peu : un peu de café noyé dans du lait et du pain trempé. C’était à peu près la même nourriture pendant les 12 mois de l’année. En hiver, parfois, elles sautaient le souper en goûtant tard : ce goûter consistait en café, fromage et pommes de terre. Les hommes leur tenaient compagnie en fumant un très mauvais tabac. La santé des dentellières était fragile. Le sang ne circulait pas régulièrement, dû à la position assise, l’air vicié de leur appartement, l’odeur de leur lampe, la chaleur des poêles, l’éclat de leur globes, et leurs cafés contribuaient à leur donner un teint pâle et à détruire leur estomac. Certaines travaillaient même dans leur cave, pour rendre le fil moins sec et moins fragile. Elles devenaient parfois aveugles assez jeunes. Au milieu du 17e siècle, les familles du Locle et de la Sagne qui prenaient des jeunes filles en apprentissage, s’engageaient à leur enseigner, outre la tenue du ménage, la couture et la dentelle. Détail amusant dans le contrat qui lie David Grandjean du Locle et le tuteur de Suzanne Humbert-Droz en date du 31 mai 1670, il est écrit : La maîtresse d’apprentissage sera payée en nature, son tonnelet de vin sera plus gros si la fille est devenue bonne dentellière.